Témoignages

a952a7bdfea52bb.jpgPlus qu'une anecdote

Nous l’appelons Marguerite, reine des champs. Il est vrai que son personnage est déjà tout ça. Elle est arrivée à Atoll, voilà quelques mois, après une longue hospitalisation et une revalidation. Son fils a tout arrangé pour que sa sortie se passe bien : déménagement dans un appartement plus adapté et une mise en place d’un réseau d’aide dont le service d’accueil de jour où elle vient 3 fois par semaine. Et Marguerite, avec toutes les forces qu’elle rassemble pendant sa revalidation, elle s’associe à la volonté de ses enfants, de s’en tirer.

Son défi, c’est prendre du poids, ça ira !

Elle est très faible et chaque pas est un pari pour tenir debout. Marguerite est néanmoins très souriante et s’annonce toujours comme quelqu’un qui va de l’avant. Pourtant, de temps en temps, elle nous dit : « je ne veux pas t’embêter tu sais, j’ai des angoisses, je dors mal …mais, je ne suis pas ici pour me plaindre … et elle sourit … »

Ce mardi, Marguerite arrive à Atoll les cheveux en bataille. Son « bulex » est tombé en panne et le plombier qui s’était présenté la veille n’aurait pas la pièce de rechange avant jeudi !
Déjà, la semaine passée, c’était l’anniversaire du décès de son mari mort 36 ans auparavant : j’avais un si bon mari, on n’oublie pas tu sais…

Ce mardi donc, une stagiaire réunit les ustensiles sur le tas pour l’aider exceptionnellement à laver ses cheveux : de l’eau chaude, un arrosoir avec fin bec verseur, un échantillon de shampoing que nous avions gardé, un babyliss et … après ¾ d’heure, face à un miroir, Marguerite se contemple, ravie d’avoir été prise au sérieux et reconnue dans ce qui lui arrivait.
Après sa petite sieste habituelle dans le lieu de séjour, elle a l’occasion de rencontrer Aurélie, 16 ans qui est venue l’après – midi avec 3 autres jeunes et leur éducatrice.
Marguerite et Aurélie sont directement attirées l’une vers l’autre et elles passent un long moment à discuter.

Habituellement, nous faisons un bilan de la rencontre avec les jeunes en fin d’après-midi et nous sommes surpris de la réaction de Marguerite qui s’exclame vivement : « je me sens plus jeune maintenant » et elle regarde Aurélie d’un regard complice.


a752a7bdfe893c7.jpgLes enfants aussi !

Les enfants sont accueillis trois jours par semaine, les mardis, mercredis et vendredis.
Les mardis et vendredis ils viennent après l’école aux environs de 15h45 tandis que les mercredis ils viennent à partir de 14h.

Cela fait trois ans que ces jeunes viennent régulièrement à Atoll avec un grand plaisir. Ils sont à chaque fois accueillis chaleureusement par les participants. Ceux-ci les aident à faire leurs devoirs, généralement après avoir partagé un délicieux goûter tous ensemble. Les enfants disposent d’une salle à eux où ils peuvent poser leurs affaires (cartables, vestes). Une table est à leur disposition avec différents livres de références comme des dictionnaires, des Bescherelles et autres afin d’avoir les meilleurs outils pour travailler dans de bonnes conditions. Les bénévoles et l’éducatrice font le lien entre les enfants et les participants. Ainsi, ils veillent à ce que les enfants aillent spontanément voir les participants pour demander de l’aide pour leurs devoirs. Ensuite un bénévole ou l’éducatrice s’assure qu’aucune erreur n’a échappé à l’attention des participants.

Généralement lorsque les enfants ont terminé leurs devoirs nous organisons diverses activités avec les participants afin qu’ils puissent se détendre et apprendre à mieux se connaître autrement que par l’aide aux devoirs.

Les activités sont ludiques : nous leur proposons divers jeux tels que par exemple le rummy cube ou une partie de pétanque dans le jardin quand il fait beau. Les mercredis ils ont moins de devoirs et ils restent plus longtemps au centre c’est pourquoi nous leur proposons des ateliers plus longs comme la préparation du goûter avec les participants.

Lors des vacances scolaires les enfants sont également présents à Atoll et nous les convions à des sorties culturelles : cinéma, visite d’un musée etc. Cette année pour les grandes vacances nous avons eu l’idée de leur acheter deux maquettes (une pour les plus grands et une autre pour les plus petits) avec un certain nombre de pièces pour qu’ils puissent tous ensemble, enfants et personnes âgées, prendre le temps de réfléchir à assembler les pièces en s’entraidant mutuellement. 

Ainsi, nous essayons d’apporter aux enfants de l’attention, de l’écoute, de la détente et un accompagnement efficace aux devoirs.


a852a7bdfe97688.jpgLa main à la pâte

A l'atelier de cuisine, c'est le cas de le dire, tout le monde met la main à la pâte. Marie et Anne coupent extrêmement finement les oignons, les échalotes, l'ail et les champignons. Madeleine a ses petites astuces pour rattraper une sauce, assaisonner la vinaigrette, Georges est le spécialiste de la salade, Yvonne est experte en gaufres et crêpes, Rosanna nous prépare son tiramisu légendaire.
Après la confection du repas, nous mettons la table, certains essayent souvent de se regrouper, mais nous veillons à ce que les uns et les autres se mélangent et changent de temps en temps de place. Tout le monde mange de bon appétit, d'ailleurs souvent nous n'entendons plus rien. Ensuite Valentine et Eric font le café, que l'on déguste avec un petit chocolat ou un petit biscuit, tout en papotant gaiement.

Nous fêtons aussi tous les anniversaires, le jour ou le plus proche du jour dit et souvent plusieurs anniversaires ensembles. Ce jour-là il y avait deux tartes aux pommes et aux poires. 

Tout le monde s'occupe. L'un prépare les tartes en mettant les bougies, l'autre prépare les verres si c'est pour le mousseux ou bien les tasses si c'est le café ou le thé. Alors l'un apporte la tarte et l'autre le cadeau, un adulte et un enfant ou vice versa. 
En l'occurrence ce jour là, c'est Eric qui donne le cadeau et Daniel (enfant) est chargé de la tarte avec les bougies qu’il avait pu allumer. Dans son élan et son enthousiasme, il passe la porte de la cuisine en chantant "joyeux anniversaire » … et hop ! la tarte parterre retournée ! Le plus drôle, c'est qu'il ne s'en n’est pas aperçu tout de suite et puis, avec un bref regard à l'assistance, il s'attendait à se faire disputer ! A sa grande surprise, nous avons tous éclaté de rire, la tarte était pratiquement intacte, eh oui et nous l'avons mangée, c'était délicieux de l'avis de tout le monde.


Côté femme

Les femmes sont extraordinaires !

Comme je suis féministe, j'aime bien écouter les souvenirs vécus de ces dames. Des parcours souvent difficiles, laborieux, Elles ont souvent commencé à travailler très jeunes, en famille, à la ferme ou en milieu professionnel, parcours malgré tout joyeux. Elles sont juste un peu plus âgées que moi, beaucoup ont connu la dernière guerre et pour l'une d'entre elle, la première.

Nous passons souvent des moments à évoquer les grands évènements mais aussi les petits de la vie de tous les jours, mariage, maternité, enfants, vie professionnelle, familiale, culturelle en les comparant à aujourd'hui.

En un siècle, que de changements, d'évolutions positives ou négatives. Nous nous écoutons et nous partageons nos expériences de la vie, aux moments de faire un peu le bilan. Elles ont concilié, combiné leur métier et leur famille, sont bien mal récompensées en retour vu leurs pensions, mais ceci est une autre histoire. Plus je vieillis, plus je trouve les femmes formidables.


a1052a7bdfeb2b25.jpgAtoll, un plus !

Cécile Antonis dit Maluin à Atoll depuis le 29 octobre 2005, volontaire

Entre mes trois enfants, mes petits-enfants (bientôt 6), la sculpture et les animations artistiques dans les écoles, mes occupations ont toujours été nombreuses. L’envie m’est cependant venue de varier mes activités.
Aiguillée par le CPAS, je me suis présentée aux « portes ouvertes » du centre d’accueil Atoll, où j’ai rencontré Martine Deprez.
« Bénévole », c’est ainsi que je suis baptisée et je suis entrée dans ce cadre familial où se retrouvent des personnes de tous âges allant de 58 à 99 ans.

Certains aiment les jeux de société que j’anime avec joie.
D’autres apprécient la peinture, atelier auquel je participe activement.
La piscine tente quelques uns que j’accompagne tandis que d’autres préfèrent prendre l’apéritif à la cafétéria (sport moins éprouvant) et observent les naïades (à ne pas confondre avec les noyades). 
L’atelier philo du mercredi s’avère très intéressant (lorsque mes obligations familiales me laissent un peu de répits, j’y adhère).

Vers 15 h 30, nous présentons un petit goûter, au moment de l’arrivée des enfants (ils viennent se faire encadrer pour leurs devoirs).

Aucun anniversaire n’échappe à la tradition : gâteau, bougies, petit cadeau.
Avec Marie, notre doyenne, le gâteau devient de plus en plus grand étant donné le nombre de bougies que son âge canonique exige … bientôt, cent ans ! Gâteau qui a d’ailleurs déjà fait la culbute et s’est retrouvé côté garniture, bien-sûr, sur le sol … (anecdote inoubliable).
Les enfants font alors leurs devoirs, tandis que les participants quittent peu à peu le centre.

Aider aux devoirs, ranger le local, vider et remplir le lave-vaisselle, préparer la salle accueillante pour la journée à venir, … voilà le quotidien, mais il y a d’autres évènements tels que la visite des jeunes de « Seuil », rencontre intergénérationnelle enrichissante pour chacun ou encore, une fois par an et selon les possibilités, nous faisons un voyage, en général à la côte belge, laissant un excellent souvenir.
Visite de musée, projection de films ou autre sorties culturelles.

Marie habite à deux pas de chez moi. Le week-end, lorsqu’il fait beau, j’ai pris l’habitude de l’emmener faire une petite promenade.
Marcel est artiste tout comme je le suis, nous prenons plaisir à nous rencontrer en dehors d’Atoll pour discuter peinture et autre.
Avec Madeleine, nous nous téléphonons le lundi soir afin de prendre une décision pour la piscine, mais la discussion ne se limite en général pas à ce sujet.

En dehors d’Atoll, je m’occupe beaucoup de mes petits enfants (dont deux myopathes) âgés de 2 à 12 ans … une prochaine naissance en août.

Tous les 15 jours, je joue au scrabble avec des dames chevronnées. Et le samedi matin, je vais à l’Académie faire de la sculpture.

Mon temps est positivement et agréablement rempli.


Au-delà d'un titre !

Atoll et bénévole est bien plus qu’un titre qui rime.

Il est le reflet d’une réalité du terrain. Tant au niveau des participants que des membres de l’équipe il existe, avec les bénévoles, un partage profond de la vie au quotidien, de la réflexion de la place d’un centre de jour et de sa nécessité pour le maintien de la meilleure existence possible pour les participants.

Ce rapport aborde entre autres les différentes activités menées au centre ainsi que des réflexions concernant la place et la nécessité d’un centre de jour dans l’éventail des services mis à la disposition des personnes âgées en besoin d’accompagnement.
Pour le bénévole, une des choses les plus importantes à l’Atoll est qu’il y existe une chaleur humaine. On peut dire, sans exagération, que l’Atoll a une AME. Cela se remarque par le souci de veiller à tous ces « petits riens » qui embellissent une journée : disponibilité à l’écoute des petits et grands ennuis, un petit bouquet de fleurs, un sourire, un repas soigné et ……………..la bonne humeur.

C’est également perceptible par l’attention et l’entraide qu’ont les participants les uns vis-à-vis des autres tant au centre que dans leur vie privée. Ceci dit sans tomber dans l’angélisme, il y a bien sûr des différents qui naissent mais ils sont une manifestation de vie et sont souvent absorbés par le travail des « encadrants » et par le « buvard » qu’est l’âme de l’Atoll.

Et c’est dans ce domaine que le rôle du bénévole est important et particulièrement valorisant.
Dégagé des soucis de gestion et d’organisation, il est peut-être plus attentif au maintien de cette chaleur humaine, de cette âme. Il peut dès lors attirer l’attention des professionnels sur d’éventuels oublis, voire des dérives non perçues.
Et ce qui est aussi remarquable, est que le bénévole est non seulement écouté mais, si ses observations s’avèrent pertinentes, le bon cap est repris.

L’adage qu’un bénévole reçoit plus qu’il ne donne n’est pas un vain mot à l’Atoll.


a11.jpgPhilosophiquement vôtre

« La philosophie, loin des images habituelles qu’elle véhicule, est une pratique partagée par tous les humains, quel que soit leur âge, leur origine ou leur parcours scolaire : les questions sont identiques, même si les réponses sont différentes d’une personne à l’autre. D’où l’intérêt de se confronter aux idées des autres afin d’enrichir et d’élargir sa vision du monde.

Adolescents et personnes âgées se rejoignent dans leurs questionnements : les questions de la vie et de la mort, du corps qui change, des moments de transition et de passage de la vie, le fait d’être l’un et l’autre tenus en dehors de la vie "active", le monde dans lequel nous vivons, et ce qu’on peut faire pour l’améliorer… Autour de ces questions communes, la rencontre de deux publics ayant peu l’habitude de se fréquenter prend tout son sens.

La philosophie est un moyen de changer son regard sur le monde, et sur les autres. 
Ces rencontres intergénérationnelles indiquent que vieux et jeunes ont des idées et une vision du monde à partager, qu’ils ont sans doute plus en commun qu’ils l’imaginent de prime abord, et beaucoup à s’apporter mutuellement. ».

Approfondir des questions dans les « ateliers philo » renforce quelque part les relations spontanées vécues à Atoll au quotidien. C’est le lieu où certaines questions demandées par les participants sont abordées, des questions qui se sont souvent posées aux travers des activités quotidiennes. Ainsi certains points de « rupture » entre les personnes sont remis à plat, chacun s’exprime et apprend à découvrir l’autre avec un regard plus ouvert.

Par exemple, un des thèmes abordé a abouti aux sujets du respect et de la politesse.
Les uns et les autres ont parlé de la politesse en tant que règle ou de la politesse du cœur (intérêt et reconnaissance de l’autre).

Un jeune : « il faut voir ce que c’est la politesse »
Une personne âgée : « ça doit être gratuit comme un merci, un bonjour »
Un jeune : « je crois qu’il y a le respect et la politesse. Un acte de respect, c’est par rapport à soi et être poli, c’est pour les autres, par automatisme »
Une personne âgée : « je pense que le respect est un peu inné parce qu’au pensionnat, la religieuse me demandait où avez-vous appris la politesse ? Si on se tenait pas droit : un coup de bâton dans le dos ! Même maintenant, quand quelqu’un qui ne fait pas ce qu’il a à faire, ça me va loin, par exemple, se lever dans le tram pour une personne âgée »
Autre personne âgée : « on se dit qu’ils ont travaillé toute la journée, ils sont plus fatigués que nous ! »
Autre personne âgée : « ça se voit tant que ça ? Je ne suis pas vieux à 76 ans ! C’est ce que je pense quand quelqu’un me cède sa place ! » 
Autre personne âgée : « la politesse ne doit pas être une obligation, ça doit sortir de soi »
Un jeune: « ça m’énerve le « bonjour Madame » ! Moi, on ne me dit pas « bonjour Mademoiselle » »
Une personne âgée : « il y a des jeunes qui disent b’jour par fainéantise comme « p’tit déj ». C’est pas beau, c’est pas bien parler ! »